L’histoire de la Ferme de La Longue d’après René Devron

L’histoire de la Ferme de La Longue d’après René Devron

HIER UN FIEF, AUJOURD’HUI UNE FERME

LA LONGUE DE BEZU LE GUERY. 

DE VERS 1500 A 1944 .

 

                  Au Moyen Age et même après, le jeûne et l’abstinence étaient scrupuleusement respectés par tous. L’obligation de se priver de viande les vendredis, les jours de Quatre-Temps et pendant la plupart des jours poisson. Le poisson de mer était inconnu dans nos régions, sauf en ville où on ne le trouvait que salé ou fumé. Celui d’eau douce consistait seul la base d’alimentation des jours maigres.
                  D’où la nécessité de le stocker dans des viviers plus ou moins grands. C’est pourquoi à cette époque, de nombreux étangs furent créés dans de petites vallées. L’eau était retenue par des levées de terre et fournies par des sources qui justifiaient le choix des emplacements.
                  En vieux français, cela s’appelait des « LONGUES ». Ce mot est traduit par Monsieur DAUZAT par « pièce d’eau boueuse » et par Monsieur  … d’eau dormante ».
                  Sur le plateau au nord-est de Bézu le Guéry, il y a eu trois étangs : « La Grande Longue » (3 hectares) alimenté par une source toujours existante, à débit constant de 40 à 50 litres à la minute.
« La Petite Longue » (1 hectare) située à 200 mètres à l’ouest, également alimentée par une source qui ne tarit jamais.

                  Voilà l’origine lointaine du fief de « LA LONGUE ».

                  Le troisième étang, le vivier de LARGNY, plus petit dont par contre la source débite encore environ 90 litres à la minute. Il faisait parti d’un autre fief : LARGNY, d’origine gallo-romaine, le plus ancien de la région dont on ne trouve plus de restes de tuiles plates très épaisses à son emplacement dans les bois. La maison seigneuriale et ses dépendances furent détruites à une date bien reculée. En effet, dans un dénombrement et aveu fait en 1479 par Guillaume des Lions et Pierre de Méry (Méry sur Marne cher à Jean de La Fontaine) il est parlé des masures qui subsistent des dites constructions, hostels, granges, jardins, pourprins, aulnoys, près tenant au dit hostel qui sont devenus friches. Plus loin, on lit « lesquels héritages cy-dessus décrits sont à présent en ruine et de nulle valeur ». Ce fief comprenait 172 arpents de bois et 14 arpents de près et terre labourable. Il était divisé en plusieurs lots attribués à Jacques de LIMAY, à Adrien de LIMAY, à Pierre de MENCHY, seigneur de Grisy en Brie (une partie de ces bois porte encore le nom de Ventes-Grisy) et au seigneur de CHASTENAY.

A partir de cette époque (1479) une grande partie de ce fief fut réuni à celui de la Longue par Jacques de LIMAY. C’est pourquoi je vous en parle maintenant.

La part du seigneur de Méry fut très souvent occupée par des personnes sans titres et ne payant pas les droits seigneuriaux. Ce fut l’objet de procès compliiqués et de saisies pendant une centaine d’années. Ce serait trop long de vous les communiquer.

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                  Revenons à la Longue.

                  A la fin du XVème siècle, La Longue appartenait à la famille de Limay, alors très riche, puisque Jehan de LIMAY possédait en plus la seigneurie entière de Bézu le Guéry, celle de Champversy, celle de la Crurie, une partie de celle de Largny et de nombreuses vignes à Nanteuil sur Marne. Cela représentait environ les deux-tiers de la commune actuelle de Bézu.

                  Au cours du règne de François 1er, Jehan de LIMAY fut « mobilisé », si l’on peut dire. En voici la relation.

                  Les mardis 1er et 7 septembre 1523, les NOBLES gentils hommes et autres tenants fiefs du Roy, notre sire, sujets à ses bans et arrières bans de Vitry, Ste Menehoulde, Château-Thierry, Chatillon sur Marne et Fismes sont appelés à une montre et revue. Ils doivent se présenter en la ville de Vitry le mardi 1er septembre 1523 en vertu d’un édit du Roy du 6 août 1523 donné à Nemours.

                   De la prévôté de Château-Thierry, on relève les noms des principaux seigneurs de notre région comme hommes d’armes et archers.

                  Parmi eux, Jehan de LIMAY, escuyer seigneur de Bézu le Guéry comptant par François de LIMAY, son fils, monté et armé en estat et habillement d’archer à quoi a été reçu acte de la maladie de son père pour lui affermé et promis et jure suivre le Roy au dit estat d’habillement d’archer. Suivant les instructions royales, François de LIMAY a deux chevaux et un homme. La solde et payements desquels à raison de 7 livres 10 sols tournois le tout par mois montés et pour 20 mois 50 livres.

                  Sur le même document figure un Jehan de LYON qui s’est engagé volontairement comme archer, déclarant qu’il ne possédait aucun fief ni autre terre sujette à serment et promet sous serment servir le Roy aussi du mieux qu’il pourra.

                  Le seigneur de Montreuil au Lyon n’a pas comparu, ses biens furent saisis et il fut tout de même contraint à servir ou contribuer au service du Roy selon la nature de son fief.

                  François de LIMAY dut à la suite de ce dénombrement, suivre François 1er dans sa malheureuse campagne d’Italie terminée en 1526. Je n’ai retrouvé aucune trace de lui dans les archives seigneuriales de Bézu, soit contrats de mariage, partages d’héritages, contrats de vente ou location, ni actes de décès de la paroisse. Je pense en conclure qu’il est mort au cours des guerres d’Italie.

                  A la mort de Jean de LIMAY, ses biens furent partagés entre ses nombreux enfants. Ce fut le début de l’appauvrissement de cette famille et de ses obscures vicissitudes. Il est très difficile de les démêler.

                  En 1560, Alexandre de LIMAY est seigneur de la Longue.

                  En 1577, celui-ci est décédé. Sur un terrier de cette date, l’étang de la Longue est la propriété de sa veuve Anthoinette de RAPAILLART. Elle fait le 22 avril 1582 aveu de la seigneurie de Bézu le Guéry en partie et de la Longue.

                  En 1600, Jacques de LIMAY, marié en premières noces à Judicq de LIMAY (probablement sa cousine) et en seconde noces à Marye de ROUVILLE est seigneur de la Longue, de la Grurie, de Largny en partie et de Bézu en partie.

                  En 1606, le 20 décembre, Jacques de LIMAY fait un échange de terre avec Hilaire de VENTELET son voisin.

                  En 1607,1611 Le fief de la Longue et celui de Bézu ayant été saisi à la suite de la mutation advenue en la dite seigneurie (pour vérification de leur dénombrement) il fut rendu à Château-Thierry deux sentences de main-levée de cette saisie. La première est datée du 23 novembre 1607, la seconde établie par les commissaires députés par le Roy datée du 16 juillet 1611. Elles sont au bénéfice de Jacques de LIMAY pour la Longue et de David de LIMAY pour bézu.

                  Dans un acte du jeudi 25 avril 1624 , Monsieur Agnien Heuzé, récepteur demeurant à       

Nanteuil sur Marne, proche de la Porte de  Marne a reconnu et confessé avoir cédé, quitté et transporté et du tout délaissé dès maintenant et pour toujours…… à Messire Louis POTIER chevalier, seigneur de Gèvre, comte de Tresme, Conseiller du Roy notre sire en ses Conseils d’Etat et Privé et premier Secrétaire des commandements de sa majesté, la somme de 100 livres tournois, revenu annuel, à lui ci-devant cédé par Jacques de LIMAY seigneur de Bézu le Guéry en partie et de la Longue et damoiselle de ROUVILLE, sa femme. Suivent les conditions de réception très détaillées et constatation de remise des pièces justificatives.

                  Témoins de cet acte passé devant Prévost, notaire à Nantheuil en son hostel du dit lieu.

                  Estienne Gorgu, serrurier,

                  Antoine Heuzé, vigneron à Nantheuil,

                  Messire JEHAN DE LA FONTAINE, (grand-père du fabuliste)

                  Michel Baillon, demeurant au château de Tresme,

                  Signé : MICHEL Baillon, Heuzé, de la Fontaine, Prévost notaire à Nantheuil.

                  Le 12 octobre 1627, fut passé le contrat de mariage entre Madelaine de LIMAY, fille du premier lit de Jacques de LIMAY et son héritière pour les quatre fils de ce dernier, décédé en 1626 ; et Jonas du HOUX, escuyer, sieur de la Maison Rouge, demeurant à Fère en Tardenois. Il devint par ce fait seigneur de la Longue.

                  Jonas du HOUX n’exploitait pas lui-même la Longue puisqu’il loua les terres de la Longue à Jehan Prévost, laboureur à la Baudière le 24 janvier 1628. (Bail par moitié)

                  Chose curieuse, après avoir pris possession de la Longue et même loué les terres, Jonas du HOUX et sa femme Madelaine de LIMAY renoncent, par un acte de 31 mai 1628 à l’héritage de Jacques de LIMAY et de Judicq de LIMAY sa première femme, parce que celle-ci leur est plus onéreuse que profitable. Il s’agit certainement d’une opposition des autres héritiers, membres de la famille de LIMAY qui signent l’acte avec Jonas du HOUX : Charles de LIMAY, seigneur de Bézu le Guéry et Pierre de LIMAY, sieur de la Gravell.

                  Malgré cette renonciation, Jonas du Houx baille et délaisse à titre de moitié et profits le 15 septembre 1629 pour 9 ans à Marck Gourdon, déjà habitant la grande Longue.

                  La confusion continue en 1630.

                  Un acte passé à la Longue le 14 septembre 1630 devant le sieur Prévost, notaire à Nantheuil sur Marne entre Charles De LIMAY seigneur de Drumare, Jonas du HOUX et sa femme Judicq de LIMAY, satisfait entièrement à l’exécution donnée depuis 20 ans environ au rapport de Monsieur FERRAND, conseillé du Roy en son parlement de Paris en suite de procès intentés par Jacques de LIMAY de son vivant.

                  Jonas du HOUX est confirmé en la possession de la Longue en paiement à Charles de LIMAY d’une somme de 150 livres tournois plus 750 livre douze souls six deniers à prendre sur Nicolas Hubert, receveur de Méry et César du Cocq, receveur de Bézu et 1504 livres 7 souls six derniers à prendre sur les héritiers de feu Monsieur de GESVRES.

                  A la mort de Jonas du HOUX et de Magdelaine de LIMAY, leurs enfants :

  • Louis du HOULX, chevalier, vicomte de la Maison Neuve,
  • Charles du HOULX, chevalier de Bézu et de Chartres en partie,
  • Jonas du HOULX, seigneur de la Longue , même prénom que son opère.
  • Cézart du HOULX, chevalier, seigneur de Larches. Ces deux-ci, mineurs représenté par Henry de Testor de Marlemont.
  • Jacques de Conde, chevalier, seigneur de Foucaucourt, époux de Françoise de HOULX.

Se partagent ses biens le 10 octobre 1658.

                  Louis HOULX, vicomte de Maison Neuve obtient quelques terres, prés et savarts plus la maison seigneuriale, bâtiments et accoings, en raison de ses droits d’ainesse et préciput selon le coustume . Les autres héritiers reçoivent des terres et des bois.

                  Je ne possède que les actes des deux premiers lots.

                  Ce partage a été fait par Maître Jean le Tellier, avocat arbitre, chaque lot devait avoir une valeur de 8280 livres 5 sols. Quelques soultes régularisent les lots.
                 

                  En plus, ils eurent chacun le quart d’une rente de 717 livres restant de plus grande somme due à prendre sur Messire Ollivier Mallet, seigneur du comte Doubeucq. Je ne sais pas quel héritier n’eut  pas droit à cette rente.

                  Le 30 avril 1646, foi et hommage fut rendu par Bézu en partie ( l’autre partie appartient à un nouveau seigneur Henri de MAINVILLE) et pour la Longue, par Jonas du HOUX époux de Magdelaine de LIMAY.

                  Il est curieux de rapporter ici  la cérémonie de l’hommage d’Henri de MAINVILLE, chevalier, seigneur du Champ-versy, le 15 janvier 1635 :

                  Henri de MAINVILLE fait foi et hommage devant la porte de l’église Notre Dame du Chastel au dit Chavry, le genou en terre et dépose son épée entre les mains du concierge du dit Chastel, à sa Majesté pour raison de la terre de Bézu le Guéry, acquise de Monsieur René Pottier de Gesvre.

LA LONGUE DEVIENT LA PROPRIÉTÉ DE LA FAMILLE JANNART.

                  Le 6 janvier 1661, Monsieur Jacques Jannart, conseiller du Roy en son parlement de Metz et Charles du HOUX, seigneur de Bézu passent contrat et constitution de rente au profit  du premier, pour un capital rachetable de 11200 livres et de 621 livres, 11 sols, 6 deniers de rente annuelle.

                  Contrat confirmé le 12 mars 1663, par devant Caron et Erivaux notaires royaux à Château-Thierry.

                  Une nouvelle confirmation eu lieu le 7 septembre 1663, et une  troisième reconnaissance le 6 décembre 1663. Elles furent signées par les parties devant les mêmes notaires.

                  Un quatrième contrat de reconnaissance fut fait devant Maîtres Caron  et  Jorel, notaires royaux au baillage et presvoté de Chaury le 26 octobre 1665.

                  Le 1er avril 1667, Monsieur le Bailly de Château-Thierry et Messieurs tenant le siège présidial rendent une sentence constatant le non-paiement des rentes.

                  Par une transaction du 2 mars 1668, Louis du Houx, escuyer, seigneur de Maison Neuve, de Cuy, Cramant, Premessy et autres lieux, demeurent au dit Cuy et demoiselle Marye de la Pierre,  son épouse,  ont abandonné à Jonas du HOUX et à Louise de VEZIER, son épouse,  la jouissance de tous les droits et propriétés qu’ils avaient à Bézu, moyennant d’autres compensations. Une des clauses stipule le paiement des dettes envers Monsieur JANNART. Elles ne furent pas acquittées.

                  Par une sentence de Monsieur le Bailly de Bézu le Guéry,  du 12 septembre 1668, la transaction du 2 mars est cassée et déclarée nulle. Jonas du HOUX redevient propriétaire de la Longue et de Bézu en partie.

                  Le 20 mars 1669 avant midi, une procédure de saisie est entamée à la requête de Jacques JANNART, fis héritier de son père, lui-même Conseiller au Parlement de Paris, demeurant Quai de Orfèvres proche du Palais, paroisse de Saint Barthelemy et en sa maison des Garats à Château-Thierry.

                  Edme Duhatte, sergent  royal immatriculé au baillage de Château-Thierry s’est rendu avec ses témoins à la Longue au domicile de Louis du HOUX, chevalier, seigneur de Maison Neuve, la Longue et autres lieux. Reçu par le serviteur domestique Claude Guérin qui a trouvé Louis du HOUX. Celui-ci ne pouvant réunir la somme de 11200 livres plus 3731 livres, 11 sols pournois, principal et arrérages , la saisie des biens fut signifiée . Simon Deboutis, marchand-cordonnier à Château-Thierry a été establi commissaire et gardien dépositaire de justice. Les témoins de l’acte étaient François Feuillet, marchand-hostelier au faubour Saint Martin de Chaury et Pierre Vicque manouvrier demeurant aussi au dit Chaury. Tous étaient réunis à Bézu le Guéry chez Martin Fagot hostelier au dit lieu.

                  La saisie fut exécutée le lundi 8 avril 1669 avant midy et signifiée à Louise Guyot servante-domestique de Louis du Houx absent de la Longue. Une copie lui fut laissée. Les témoins étaient Michel Cabaret, sergent-royal et Antoine RUBE, manouvrier, tous deux de Château-Thierry qui ont signé avec Duhatte, sergent royal executeur.

                  Cette saisie eut pour effet de rendre le sieur Jacques JANART propriétaire des seigneuries de la Longue, de la Grurie, de Largny en partie et de Bézu en partie.

                  A la mort de Jacques Jannart, les seigneuries susdites passèrent à ses héritiers :

  •  Jacques  Sébastien Hericart de Theury, marié à Anne Madeleine Leschassier,
  •  Charles de la Fontaine, greffier en chef des maréchaux de France à Château-Thierry,
  •  Guillaume Héricart, docteur en théologie,
  •  Catherine Agathe Héricart, veuve de sieur de Couberchy.

En 1745, Jean Sébastien Héricart de Thury acheta la part de Charles de la Fontaine à ses

enfants, puis hérita celles de Guillaume Héricart et de Catherine Agathe Héricart, ses oncles et  tante et  devient ainsi le seul propriétaire des dites terres et de la Longue.

                   La Longue et les terres de Bézu le Guéry  furent vendues après décès de Jean Sébastien Héricart de Thury.

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                  Jean Sébastien Héricart de Thury, chevalier, conseiller du Roi en sa Cour des Aides, meurt en 1750.

Anne, Madeleine Leschassier, sa veuve, tutrice de trois de ses enfants mineurs et

Louis Héricart de Largny, écuyer, avocat au Parlement,

Louis, Christophe Héricart de Bézu, écuyer,

Louis,  François Héricart de la Nouë, écuyer, cornette du régiment des dragons du Roy,

Louis Héricart de Thury, écuyer, capitaine au régiment des dragons du Roy,

Louis, Jean-Baptiste Héricart de la Longue, lieutenant-colonel,

Vendent leurs domaines de la Longue, de la Grurie et de Bézu en partie au Marquis Nicolas, Louis de Montigny, déjà seigneur de Champversy, Genevrois, Bézu le Guéry en partie et autres lieux.

Cette vente termine la présence à la Longue de la famille JANNART-HERICART DE THURY.

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                    Le marquis de Montigny, maréchal des camps et armées du Roy et ancien lieutenant des gardes du corps de sa Majesté, décéda après cet achat.

                    Il avait deux enfants :

                    Marie-Anne de Montigny,

Louise Fidèle de St Eugène de Montigny.

Leurs tuteurs étaient Jacques Barguerre, intéressé dans les affaires du Roy, demeurant à Paris rue Saint Louis aux Marais, paroisse St Gervais et

Jacques Borniche, curé de Bézu le Guéry.

Ceux-ci louèrent la Ferme de la Grande Longue à Pierre Parisy le 26 juin 1762, pour 9 ans au prix de 520 livres de loyer annuel.

A la succession du Marquis Nicolas, Louis de Montugny, les domaines de la Longue échurent à Louise, Fidèle de Montigny, mariée au baron de Talleyrand-Périgord qui les vendit le 18 mars 1780 avec ceux de Bézu, Champversy et Venlet à Denis, Christophe PASQUIER DE BOISROUVRAYE, pour la somme de 250 000 livres.

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A la Révolution, la maison seigneuriale de la Grande Longue a été pillée et saccagée. De nombreux morceaux de faïence et de poterie ont été jetés dans l’étang. Ils y sont encore. Nous les avons trouvés au cours de travaux.

La maison et les bâtiments ont été rasés en 1793. La démolition du Portail de l’entrée coûta la vie au maçon qui exécutait le travail, un nommé Lemistre.

J’ai pu établir le plan des constructions, leurs fondations étant encore visibles en année de sécheresse.

Le chevalier Pasquier de Boisrouvray, seigneur de Bézu le Guéry, de Champversy, de la Longue, comte de Villiers, de Domptin, de Larget, Vieux Moulins, Chelles en Valois en partie et autres lieux, Capitaine du régiment, Colonel, Général de Cavalerie, député de la noblesse aux Etats Généraux de 1789, émigre et se fixe à Munster en Westphalie où il mourut en 1800 le 19 mars.

Son épouse, Marie Victoire Adélaïde de Vassan, mariée en premières noces à Guillaume Courtin, comte de Villiers et devenue veuve, en secondes noces avec lui, ne le suivit pas à l’étranger.

Elle transigeât avec la Nation pour conserver une partie des biens de son mari et les siens propres.

Le 14 floréal An IV, elle réside à Château-Thierry sous le nom de citoyenne Vassan.

Dans un acte passé devant le notaire Chaboche à Charly, le 27 ventôse An VI (1798), ses deux premiers maris sont cités et elle est  dite mariée en troisièmes noces au sieur Fache, homme de loi  à Château-Thierry. Je n’ai pas trouvé trace de divorce avec son second mari.

D’après l’abbé Poquet, le sieur Fache a été inquiété pour avoir favorisé des anciens nobles.

Les biens de Bois Rouvray ont été vendus par lots qui ont nécessité une soixantaine d’affiches, certaines datent de l’An III. Avant cette vente, des citoyens peu scrupuleux ont été poursuivis par l’Administration de Egalité sur Marne les 8 floréals An II et  21 massidor An III pour avoir abattu des chênes sur les propriétés saisies, avant leur vente.

Le domaine de la Longue, confisqué par la Nation fut vendu divisé. La partie, dite de la Petite Longue, comprenant corps de ferme, bâtiments d’habitation et d’exploitation, cour, jardin et verger en dépendant, ainsi que les pièces de terre, près et bois y attachés, 17h. 71a. 91 centiares ont été adjugés au nom de la République le 24 vendémiaire An V à Louis Bellanger, Charles François Bellanger et Charles Delarivière. Monsieur Louis Bellanger par la suite vendit ses biens avec les parts des précédents rachetés par lui à un nommé Brézin qui, à sa mort, les légua aux Hospices Civils de Paris.

L’Administration des Hospices les vendit à Mr & Mme Philippe Pinondel de la Marinière. Monsieur Pinondel possédait la majeur partie du domaine de la Longue avant l’aquisition faire des Hospices, comme l’ayant recueilli dans la succession de Pierre Charles Pinondel, son père. Les héritiers Pinondel, Madame Aimée Augustine Pinondel veuve de Henri Edme Rétif, (elle avait hérité de la part de son frère) et Marie Aimée Suzanne Victoire Rétif, veuve de Ernest Blanquart des Salines vendirent leur propriété de la Longue (51h. 56a. 68c.) à Monsieur Dumont le II octobre 1891.

Lors de la mise en adjudication judiciaire des biens de Monsieur Paul Emile Dumont, à la suite de mauvaises affaires, le 3 décembre 1905, ce furent Mr et Mme Devron-Lamiche qui acquérirent  la Petite Longue pour 37 hectares, 72 ares, 82 centiares.

Monsieur Dumont avait également acheté le 6 novembre 1899 à Mr et Mme Laurain de Gènévroy les terres de la Pépinière (10h. 94a. 75c.) faisant partie anciennement de la Longue. Mr et Mme Devron les ont également acquises.

La ferme de la Longue actuelle de 77 hectares a été groupée en 1927 en 3 parcelles de 50, 25 hectares, la Pépinière-Largny et 2 hectares, source de Largny. Ceci, grâce à des échanges amiables avec Messieurs Lagrénée de Ventelet  et Vignier de la Loge, propriétaires voisins.

La ferme a l’avantage de posséder les 3 sources citées plus avant, qui alimentaient les anciennes pièces d’eau. La commune de Bézu a été autorisée après la guerre de 1940-45 à prélever gratuitement une partie de l’eau de Largny pour les besoins des habitants de Bézu. L’eau en est excellente, sans calcaire, ils en ont profité pendant une vingtaine d’année, pour un forfait dérisoire au profit de la commune, avant l’établissement de la concession actuelle. Tous les habitants la regrettent.

En 1918, pendant la seconde bataille de la Marne, un champ d’aviation fut installé à la ferme de la Longue. Il englobait une grande partie de sa surface avec une autre partie de la ferme de Ventelet.

Les baraquements occupaient l’emplacement de l’ancienne ferme de la Grande Longue. L’aviateur Madon, célèbre par les nombreux avions allemands abattus faisait partie de l’escadrille de ce camp. Seule une butte de tir dans un pré de Ventelet reste témoin de cette époque.

La belle allée de platanes datant d’avant la Révolution ainsi que les peupliers de l’ancien étang furent sacrifiés pour la sécurité des envols et des atterrissages. Un détail, l’Administration avait toujours refusé une indemnisation pour les  peupliers. Grâce à l’intervention personnelle de Monsieur Georges Clémenceau, une indemnité correcte a été accordée à mes parents en leur laissant en plus la disposition des arbres.

En 1944, des aviateurs américains et anglais dont les avions détruits en vol les obligèrent à descendre en parachute, furent recueillis et cachés par Monsieur Collet employé à la ferme. Ils furent acheminés vers l’Angleterre par une organisation clandestine, dont le premier maillon était Monsieur Corré, fermier de Ventelet. Ils sont tous arrivés à bon port. Les anglais revinrent souvent faire une visite de reconnaissance à Mr Collet. Les américains n’ont jamais donné signe de vie. L’Ambassade américaine consultée par moi après lui avoir donné leurs noms, m’a rassuré sur leur sort, sans vouloir me donner plus de renseignements.

Plusieurs jours après la libération de Bézu le Guéry, dans la nuit du samedi au dimanche 4 septembre 1944, Monsieur Collet, l’employé habitant la Longue, entendit des coups frappés au portail de la cour.

S’étant habillé, il l’entrouvrit. Dans l’entrebâillement, des soldats allemands mirent un fusil et forcèrent l’entrée. Ils étaient 41, sous les ordres d’un lieutenant.

Il s’agissait de retardataires qui cherchaient à rejoindre l’armée en retraite.

Ils exigèrent qu’on leur fasse à manger et Monsieur Collet dû aller arracher des pommes de terre au jardin dans l’obscurité.

Ils demandèrent à rester à la ferme, cachés jusque la nuit suivante dont ils pourraient profiter pour repartir discrètement.

Bien entendu, ils exigèrent de ne pas être dénoncés, sinon la ferme serait incendiée et Mr et Mme Collet et leurs enfants fusillés.

Monsieur Collet, sous cette menace a donné sa parole d’honneur de garder le secret. Le lieutenant Hans Heinrich a eu confiance et l’a laissé venir me voir le lendemain matin. Il  l’a autorisé à me tenir au courant.

Je suis monté à la ferme avec Monsieur Lamiche, comme habituellement Au cours de la conversation avec cet officier, nous avons essayé de le convaincre de se rendre aux Américains. Il a refusé catégoriquement. Il se croyait déshonoré d’être fait prisonnier.

Il était pur prussien de Bromberg (aujourd’hui ville polonaise) militaire dans l’âme, certainement homme d’honneur. Il a toujours été correct.

Dans un but humanitaire, le dimanche midi, nous les avons nourri, bien que la pénurie de ravitaillement nous en limitait la possibilité. Je suis redescendu le dimanche soir sans incident.

Le lundi matin, en arrivant à la Longue, j’ai trouvé les Allemands encore là. Le lieutenant m’a dit n’avoir pu partir à cause de plusieurs malades qu’il ne voulait pas abandonner. Il a promis partir la nuit suivante.

Nouveaux essais infructueux au cours de la journée pour qu’il se rende avec ses hommes.

Par des conversations avec les adjudants plus conciliants et des harangues aux hommes de troupe dans les greniers, Je leur ai expliqué que les Français et les Américains étaient déjà très loin et qu’il leur était impossible de retrouver les leurs. Les hommes en avaient assez de la guerre et ne demandaient pas mieux d’être prisonniers, les sous officiers aussi.

La nuit de mardi à mercredi ne changea rien et le lendemain matin, ils étaient encore là.

Cette fois le lieutenant Heinrich, certainement découragé fini par accepter d’être livré aux Américains, à eux seulement, surtout pas aux terroristes. Ceci accordé et la promesse de prévenir nous-même leurs familles par la Croix Rouge Suisse a déclenché son acceptation.

Alors tous les gradés et tous les hommes remirent leurs armes et leurs munitions à Monsieur Collet. Elles furent enfermées dans un garage.

Monsieur Collet partit en bicyclette à Château-Thierry à la recherche d’un service américain. Il n’y en avait pas. Ce n’est qu’au bout de quelques heures qu’une unité américaine de passage voulut bien les cueillir à la Longue.

Pendant ce temps, j’étais resté avec le lieutenant qui trouvait le temps long, s’énervait et devenait méfiant.

Vers le milieu de l’après-midi, une jeep et deux camions arrivèrent à la Longue, guidés par Monsieur Collet.

Ils s’arrêtèrent à une quarantaine de mètres de la ferme. Des américains armés descendirent et s’écartèrent sur place.

Un officier américain s’avança de quelques mètres.

Le lieutenant le rejoignit seul.

Ils se dirent quelques paroles, se serrèrent  la main et revinrent à la ferme.

Les Allemands furent placés sur deux rangs, d’abord fouillés, leurs couteaux confisqués pour les premiers. Puis l’officier américain fit arrêter la fouille et rendit les couteaux déjà ramassés.

Les armes et munitions ont été chargées dans les camions, les hommes plutôt joyeux se tassèrent dans ce qui restait de place et le convoi repartit.

Tout le monde était soulagé.
L’Ambassade  Suisse de Paris se chargeât de prévenir leurs familles.

Depuis, le calme règne à la Longue et on ne parle plus de FIEF, ni de SEIGNEURS.

 

                                  Mai 1978

                                René DEVRON.

                   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                 

                 

 

                 

 

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